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 Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel

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Smil (MJ)
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MessageSujet: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Sam 6 Fév - 2:53

1 - 1 : Le goût du sel


Il n'y avait rien.

Puis le tonnerre et des éclairs déchirants le ciel et la terre. Le bruit d'un orage, d'une tempête. Le fracas du bois souffrant sous les éléments. Des cris. Le crissement de l'acier contre l'acier. Ce noir qui envahissait tout. Et la douleur. Tant de douleur. Pulsant, zébrant l'esprit et le corps. Arrachant des hurlements inaudibles dans tout ce néant.

"Du calme mon enfant, du calme..."

L'ombre d'une cité sous la roche. Un vieux guerrier aux nombreuses cicatrices lui remontant le long de l'échine et zébrant son visage. Assis devant un feu, il aiguisait consciencieusement une longue épée rouillée. L'épée était souillée de sang. Il coulait, aspergeant ses jambes, formant une flaque si rouge sur le sol. Il se retournait, doucement, lentement, dévoilant l'absence d'un nez, d'une bouche, d'un visage.

"Tout va bien. Tu es en sécurité."

Un amphibien. Ses yeux d'une douceur et d'une tristesse infinie. Il se faisait doucement aspirer dans un mur couvert de ce qui ressemblait à des milliers de tentacules. Son regard semblait comme implorer quelque chose. Peut être de le laisser. Peut être de l'aider. Un bras disparu, puis un autre, puis il ne resta plus que son torse. Autour de lui des milliers d'autres amphibiens apparaissaient, criant et hurlant comme des animaux sauvages. Leurs têtes gesticulant et jetant des éclairs. Leurs langues plus noires que l'obscurité.

Ils l'avalèrent. Il ne resta plus que le néant.

"Voila... Très bien... Très bien..."

Il faisait chaud et sec. Et un vent fort faisait claquer ce qui semblait être une toile de lourde étoffe ocre accrochée à un piquet. Une tente très certainement. Elle était vaste, richement ornée de hauts meubles remplis de fioles, de boites et de parchemins. Des morceaux d'animaux et des plantes séchées pendaient des traverses, se secouant lentement au gré des courants d'air. La lumière de l'astre du jour passait en certains endroits du plafond, illuminant des grains de sables tourbillonnants.

"Enfin, te voila. J'ai cru que tu ne sortirais jamais de ce cauchemar. Comment vas tu, mon enfant."

Une voix chaude et enrouée, à l'accent du désert. Un Smilly usé par le temps la regardait, les yeux et les cheveux blanchis par un âge indiscernable. Sa vieille main apporta un bol contenant une eau tiède et épicée jusqu'à sa bouche.

"Bois mon enfant, bois. Tu as parcouru un très long voyage pour arriver jusqu'ici. Et avec un bien étrange fardeau."


Dernière édition par Arthas (MJ) le Jeu 9 Juin - 0:16, édité 2 fois
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Lihuzane
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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Mar 9 Fév - 19:30

Le néant… Pas tout à fait, plutôt les ténèbres, une noirceur plus sombre qu'une nuit sans l'éclat d'Yla. Étrangement c'est une obscurité rassurante, calme… Et la quitter n'en est d'autant que plus violent.

Mes pensées sont au-delà de la confusion ou devrais-je dire ma pensée ? Car une seule chose semble occuper ma conscience : une intolérable torture. Si j'entends autour de moi les sonorités de mon environnement, je ne peux les écouter ni les identifier tant mes souffrances semblent démesurées. Elles en deviennent presque tangibles comme des milliers d'êtres dont le seul but est de me faire mal encore et encore, sans aucun répit.
Mais un bruit ne cesse de revenir, parvenant presque à percer ce maelström, le son d'une voix humaine qui hurle sans vouloir s'arrêter. Est-ce la mienne ?

"Du calme mon enfant, du calme…"

En voilà une autre, ce n'est pas moi, c'est une voix masculine, tranquille et apaisante, une lueur d'espoir vers laquelle je tourne toute ma volonté mais elle se perd dans le cauchemar de mes visions. Les élancements insupportables s'accompagnent maintenant d'images que je ne sais dans quel monde placer. Estampes de souvenirs qui me semblent familier mais que je ne parviens pas à attraper : une ville, un homme… Êtes-vous réellement là ?

"Tout va bien. Tu es en sécurité."

Ce ton de nouveau. Que dit-il ? Que me veut-il ? Qui est-il ? Un Ancien ? Est-ce que je te connais ? Ces illusions ont l'air si réelles, elles m'envahissent tant que je me rends compte que mon cerveau parvient maintenant à formuler des pensées plus concrètes. Il se fige pourtant de nouveau devant cette horreur grandissante, ces êtres par centaines allant et venant, s'égosillant bien plus fort que moi. Je voudrais fermer les yeux mais ils semblent déjà l'être, je voudrais m'enfuir mais me sens immobile...

"Voila... Très bien... Très bien..."

Le néant… Pas tout à fait, plutôt une sensation de vide et de légèreté impure, qui me laisse tremblante dans l'attente de nouvelles hallucinations. Mais cette fois-ci mon regard se pose sur un décor stable, authentique… L'est-il vraiment ? Mes yeux parcourt les meubles qui m'entourent, étonnée de ce brusque changement, intriguée par cet endroit où s'entassent d'hétéroclites objets éclairés par la lumière de Lô. Lô ! Disparue l'atroce obscurité et ses abominables hantises.

"Enfin, te voila. J'ai cru que tu ne sortirais jamais de ce cauchemar. Comment vas tu, mon enfant."

Cauchemar, ce n'était donc que pure folie ou est-ce maintenant que je divague? Que dit-il ? Que me veut-il ? Qui est-il ? Un Smilly ? Un ancien Smilly, je suis une Smilly, je ne suis pas ancienne. Le chaos de mon esprit semble s'apaiser lentement et des bribes de mémoire me revenir, rien de récent, juste qui je suis.

"Bois mon enfant, bois. Tu as parcouru un très long voyage pour arriver jusqu'ici. Et avec un bien étrange fardeau."

Après un moment d'hésitation, j'accepte le bol que mon aîné approche de mes lèvres et vide avidement son contenu. S'il est venu me chercher dans mon délire ce n'est j'espère pas pour m'y replonger à l'aide d'étranges concoctions.
L'eau hydrate ma gorge que je sens serrée, mes yeux au bleu troublé se posent sur ceux opalescents du doyen. Ma langue bifide parcourt l'intérieur de ma bouche, humectant mon palais.

"Comment ?"

Est le seul mot que j'arrive à formuler d'une voix rauque et fatiguée, alors que je souhaiterais demander où je suis, d'où je viens, de quoi parle-t-il. Dans ma tête les questions commencent à fleurir, de plus en plus vite, une nouvelle en amenant une autre, puis une autre… Tant d'ombres et d'énigmes que j'en ai le tournis.

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Lihuzane Fharkahn, fille adoptive d'Argaï le Juste
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Smil (MJ)
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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Jeu 11 Fév - 20:15

Le liquide était doux au palais, avec un goût de thé et de miel chaud et entier. Et une petite dose d'alcool. Il eut le mérite de reveiller davantage le corps engourdi par le sommeil de la femme serpent.

Le vieux Smilly posa ses yeux laiteux sur elle, un sourire tranquille sur le visage.

"Comment, en effet. Une excellente question dont j'ai bien peur de ne pas détenir l'entière réponse..."

Il aida la jeune femme à se redresser, lui permettant de découvrir l'entrée de la tente, battue par le vent chaud du désert. Il faisait plein jour dehors et, par le jeu des ombres et lumières, il était difficile de voir quoi que ce soit sans s'éblouir. La pénombre de la tente était bien plus confortable et Lihuzane pouvait désormais voir sur le sol un certain nombre de sacs de caravanes ouverts, la plupart complètement vide. Le peu de mobilier de la tente pouvait aisément rentrer dans ces grands sacs.

Un gemissement plaintif détourna le regard du vieux guérisseur. A la droite de Lihuzane, deux autres lits de camps. L'un était vide. L'autre était occupé par une autre femme serpent, endormie, le visage crispé par ce qui semblait être de la douleur. Sa peau était marquée par endroit, comme de longues rayures d'un noir profond. Le vieux guerisseur s'approcha de son chevet et lui attrapa la main, qu'il garda serré en murmurant quelques mots de réconfort. Cela apaisa la patiente qui ne cria plus, malgré une agitation certaine et toujours avec ce visage douloureux.

Le vieux serpent reporta son attention sur Lihuzane.

"Pour répondre d'avantage à ta question, j'arpente ces étendues perdues depuis de nombreuses années. Les visiteurs y sont très rares, surtout deux personnes sans matériel. Il y avait une effroyable tempête le soir où je vous ai trouvé. Ou peut être, vu la situation, le soir où vous m'avez trouvé. Difficile à expliquer. Je vous ai trouvé étendues, mortes de fatigues, à quelques mètres de ma tente, durant une tempête. Et tu la portais sur ton dos."

Le vieux Smilly cligna des paupières, le temps d'une courte pause.

"Que te rappelles tu mon enfant ? Qu'est ce qui t'as amené jusqu'à ma porte un soir de tempête ?"
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Lihuzane
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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Ven 12 Fév - 19:55

N'ayant guère fait attention au goût du breuvage lors des premières rasades, j'en savoure consciemment la douceur sur les dernières gorgées. Si je me sentais en meilleure forme je crois que j'aurais pu lécher jusqu'à la moindre goutte du bol, étonnée que je suis, malgré mon état, par ces saveurs inconnues.

"Comment, en effet. Une excellente question dont j'ai bien peur de ne pas détenir l'entière réponse…"

Le vieux Smilly m'aide à m'asseoir et je dois un instant fermer les yeux pour faire disparaître les tâches jaunes dansant devant mes prunelles. Dans ma tête résonne encore sa dernière phrase. Le vertige passé, je soulève de nouveau mes paupières et balaye du regard l'intérieur de la tente, ne passant que brièvement sur son ouverture éclatante de lumière. Où sommes-nous ?

Ma bouche forme le mot "où" mais n'a pas le temps de le prononcer qu'un geignement m'interrompt et attire mon attention. Je ne suis pas la seule personne alitée chez le vieillard, je découvre avec surprise un troisième Smilly, je n'ai pas l'habitude de n'être entourée que par des personnes de ma race… Cette constatation me fait un instant explorer mes souvenirs, ma mémoire ne semble pas avoir subit de dégâts… Et pourtant je suis incapable de dire ce que je fais ici. Je reporte bien vite ma vigilance sur l'autre Femme-Serpent qui semble souffrir dans son sommeil. Je frémis, me souvenant confusément du cauchemar qui a précédé mon réveil. Est-elle en train de subir les mêmes atrocités ?

Impossible de ne pas remarquer les grandes traces noires qui marquent sa peau, je tente de me lever pour me rapprocher de cette sœur en souffrance mais mon propre corps a tôt fait de me rappeler à l'ordre, me clouant sur le lit de camp par un nouvel étourdissement. Me forçant à respirer profondément, j'écoute avec soin les quelques explications de l'ancien. Des étendues perdues, une tente, Lô éblouissant… Serait-il possible que nous soyons dans… le désert du Fahadji ? ! Mon cœur se sert à la pensée de me trouver sur les terres de mon peuple, contrée que je n'ai jamais foulé et dont mes seules connaissances viennent des récits… d'Argaï, mon père… Lihuzane, concentres-toi !

Je me frotte les yeux et reporte toute mon attention sur mon interlocuteur qui me décrit la tourmente sévissant le soir où nous nous serions rencontrés. Ma tête se redresse pour chercher son regard lorsqu'il me dit qu'il m'a trouvé portant l'autre Smilly sur mon dos. Puis je baisse les yeux pour étudier les traits de cette personne évanouie que je devrais connaître… J'ai beau réfléchir, je ne vois pas qui elle est !

"Que te rappelles tu mon enfant ? Qu'est ce qui t'as amené jusqu'à ma porte un soir de tempête ?"


Mon père adoptif, Argaï le Juste, le roi Lorynlith, la cité des Humains, Hiloroth, les Anciens, Aroan… Aroan… C'est avec lui que je devrais être ! Pas dans cette tente avec des inconnus. Réfléchis ma fille, réfléchis… Hiloroth, six ans dans l'ancienne cité-naine, Aroan, quatre ans qu'il s'est éveillé… Argaï, le Fer à Cheval… Aroan… Je regarde le doyen, affichant un air troublé.

"Me rappeler. Rien… rien de récent."

Une tempête a-t-il dit. Une tempête...

"Un navire."

Pourquoi est-ce que je pense à un bateau ? Entendre ma voix m'est étrange, mon cœur s'est accéléré, mes yeux me brûlent… J'essaye une nouvelle fois de me lever et semble parvenir cette fois-ci à tenir sur mes jambes. Je veux marcher jusqu'à l'entrée de la tente, regarder le décor que ses murs de feutre ou de peaux de bêtes me cachent.

"Va-t-elle s'en sortir ?"


Oubliant un instant mes réminiscences torturées, j'appuie ma question d'un signe de tête en direction de la Femme-Serpent inconsciente.

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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Sam 13 Fév - 0:31

"Difficile à dire.", soupira le vieux guerisseur, tout en appliquant une compresse fraîche sur le front de la femme serpent.

"Je n'ai jamais vu ces marques. Elles sont magiques en apparences mais sont différentes de tout ce que j'ai pu connaitre jusqu'ici. Cela m'effraie et me fascine à la fois."

Le vieil homme serpent tourna ses yeux laiteux vers Lihuzane, un sourire paternel aux lèvres.

"Vous vous ressemblez tellement, comme deux sœurs sorties d'un même œuf. Cela pourrait expliquer pourquoi malgré mes efforts, je n'ai pas réussi à te faire lui lâcher prise avant de vous avoir tiré en sécurité jusqu'à ma tente."

Ses traits s'assombrirent, peiné. Il repris.

"En ce qui concerne son mal... Malheureusement je ne pourrais pas la guérir facilement sans en connaitre la cause. Tout ce que je peux faire dans l'immédiat c'est m'occuper d'elle, le temps que tu retrouves la réponse. Peut être en commençant par ce navire dont tu parles. Pour calmer tes doutes, je peux te promettre de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour la garder en sécurité."


L'ancêtre Smilly vint toucher la main de la femme serpent, qui s'en empara comme d'une ancre, gémissant faiblement. Il lui fit un bref sourire, avant d'attraper de sa main valide un bol évasé rempli du même liquide, qu'il lui fit boire à minuscules gorgées.

Un vent soufflait de l'entrée, propulsant de petits volutes de sables à l'intérieur. On entendait faiblement deux personnes discuter.
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Lihuzane
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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Lun 15 Fév - 16:27

Les sensations de vertiges s'éloignent et ma tête semble s'éclaircir peu à peu. Après une nouvelle grande inspiration je me dirige doucement vers l'entrée de la tente, observant fascinée les arabesques formées par une multitude de grains de sable. Du sable… Un désert ou un rivage...

"Je n'ai jamais vu ces marques. Elles sont magiques en apparences mais sont différentes de tout ce que j'ai pu connaître jusqu'ici. Cela m'effraie et me fascine à la fois.
Vous vous ressemblez tellement, comme deux sœurs sorties d'un même œuf. Cela pourrait expliquer pourquoi malgré mes efforts, je n'ai pas réussi à te faire lui lâcher prise avant de vous avoir tiré en sécurité jusqu'à ma tente."


L'image naissante d'un littoral ensablé disparaît de mon esprit aux paroles de l'ancien. Si je ne relève pas sa remarque sur l'aspect magique des traces qui altèrent les écailles de la jeune Smilly, je me tourne vers eux lorsqu'il évoque notre ressemblance. Je dévisage de nouveau la Femme-Serpent endormie, à la recherche de traits semblables aux miens, quoi que je ne sois pas du genre à m'observer tous les jours dans un miroir je sais à peu près de quoi j'ai l'air ! Cette pensée me fait brièvement regarder mon propre corps, constatant l'état de mes vêtements usés mais immaculés et de mes propres écailles, saines et d'un vert brillant.

"C'est impossible, je n'ai pas de sœur. Un grand frère peut-être mais il a disparu lors de la fuite de Falryn vers Bershmek alors que j'étais dans le ventre de ma mère."

J'ai parlé doucement mais les mots viennent plus aisément qu'à mon réveil. Ma mémoire semble réellement intacte car j'évoque ce fait raconté tant de fois par Argaï sans hésiter une seconde.

"En ce qui concerne son mal... Malheureusement je ne pourrais pas la guérir facilement sans en connaître la cause. Tout ce que je peux faire dans l'immédiat c'est m'occuper d'elle, le temps que tu retrouves la réponse. Peut être en commençant par ce navire dont tu parles. Pour calmer tes doutes, je peux te promettre de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour la garder en sécurité."

Je reporte mon regard sur ce Smilly vétéran et doux, esquissant un sourire face à sa bonté toute simple. Je suis devant le pan de toile qui masque l'extérieur mais n'ai pas encore osé le soulever. Où que je sois, il est clair que ce n'est pas Hiloroth, le dernier endroit où je me souviens avoir été. Je n'en suis jamais sortie, pas depuis notre arrivée à mes quatorze ans et la seule fois où j'ai été longuement à ciel ouvert remonte au Grand Exil, lors de la traversée du Thar-Grief.

Une forêt, de la pluie et de la boue… Ces images confuses jaillissent dans mon esprit comme celles plus tôt, d'un navire et d'une côte maritime. Ai-je là un début d'explication à ma présence ici ? Est-il possible que j'ai à court terme, occulté certains événements ? Ce que j'ai d'abord pris pour le fruit de mon imagination me semble devenir plus authentique. Comme de lointains souvenirs dont la netteté et l'exactitude auraient diminué avec le temps.

Je me rends soudainement compte que je suis debout, le nez presque collé à la tente, le doyen derrière moi doit peut-être se demander ce que je fais. Je me tourne de nouveau vers lui.

"Pardonnez mon comportement, je… j'essaye de mettre de l'ordre dans mes pensées mais c'est tellement vague."

Vague, des vagues, le détroit d'Ereban, une expédition sur les mers… Par tous les Erelith, j'ai peut-être donc bien quitté Hiloroth ! Mon cœur s'accélère de nouveau et ma respiration se fait saccadée alors que plus d'images me reviennent en tête. Aroan et moi dans une auberge, une marche forcée à l'extérieur, une nuit dans cette auberge, un Humain ou était-ce un Juste accompagné de deux sbires, une lettre laissée à Argaï, des Elfes, un Humain, des morts… Je ressens une douleur dans la poitrine comme si ces images m'écrasaient de tout leur poids. Encore hésitante, j'essaye de mettre des mots sur tout ce qui traverse mon esprit.

"Je devais embarquer sur ce navire. Pas par choix, je… je crois que j'ai été enlevée avec d'autres personnes au beau milieu de Hiloroth. Les… les ravisseurs ont parlé d'un employeur ayant… repéré chacun d'entre nous et… intéressé par certaines de nos capacités. Aroan, mon meilleur ami était avec moi. Et je me souviens d'un Draconide..."

Est-ce qu'il y avait quelqu'un d'autre ? Je fronce les sourcils dans un effort pour faire revenir plus de souvenirs mais rien n'y fait, cette salle de taverne conserve ses tâches obscures.

"Ils nous ont fait sortir de Hiloroth et marcher… dans la forêt de Marlik. Oui c'est ça, c'était la forêt au sud des Monts Gô. Il s'est mis à pleuvoir et j'ai entraîné Aroan dans une tentative de fuite… Ils nous ont suivi... et ils sont morts. Je… ne sais plus comment, je ne crois pas que ce soit nous..."

Aurais-je pris une vie pour défendre celle d'Aroan et la mienne ? Je ne parviens pas à me rappeler et je sens un grand vide en moi à l'évocation de cette probabilité. Mais seule l'image d'une hâtive sépulture me revient en mémoire. Je ne peux guère m'y attarder plus longtemps car dans ma tête la vanne des rappels est ouverte et les images se bousculent.

"Il y avait d'autres gens, des Elfes il me semble et un Humain, grand et chaleureux."

Cette nouvelle pensée apaise brusquement mon inquiétude, je ne parviens pas à mettre un nom et un visage sur cet homme… ou était-il Elfe lui aussi ? Mais je me souviens de sa bonhomie et de sa gentillesse. D'une tristesse qu'il avait en lui également…

"Ils nous ont aidés, soignés, nourris et..."

Alors que jusqu'à présent l'une de mes mains serre d'un mouvement anxieux et inconscient l'un des pans de la tente, je me surprends à sourire et même laisser échapper un bref éclat de rire. Je viens de me remémorer une bataille d'eau engagée avec Aroan dans cette chambre où les Elfes nous avaient installés.

"Nous avons passé la nuit avec eux, soulagés d'avoir échappé à nos tortionnaires. Je ne sais pas pourquoi nous ne sommes pas rentrés à ce moment."

La plage et le navire viennent prendre leur place doucement dans ce casse-tête.

"Nous les avons accompagnés sur une plage pour embarquer sur un navire. Il était ancré au loin, quelqu'un a ouvert… comme une porte magique que nous n'avions qu'à traverser pour arriver sur le pont. C'était bizarre, je crois que j'y suis entrée, avant ou après Aroan je ne sais plus. Mais..."

Je me tais un instant, dans un nouvel effort de concentration mais cette mosaïque de réminiscences s'arrête là.

"Il n'y a rien d'autre après ce portail..."

Pendant mes dernières phrases, ma main a lentement écarté le morceau de toile qui sert de porte, comme si je voulais voir au-delà du passage enchanté de mes souvenirs.

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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Lun 15 Fév - 18:58

Ce fut étrange.

Lorsque Lihuzane commença a raconter ses souvenirs, la femme serpent sur le lit commença à s'agiter vivement, comme prise dans un cauchemar. Le vieux Smilly tenta de la calmer à nouveau par une subtile mélodie, mais elle n'arrêta pas, se retournant, luttant, comme si les mots de Lihuzane étaient des épines dans son corps dans son esprit. Elle ne parlait pas, mais on l'entendait gémir, tourner brusquement la tête, se tendre, lutter contre une douleur très inhabituelle.

Elle se calma lorsque Lihuzane termina ses explications, rendant le vieux Smilly perplexe, lorsqu'il se retourna vers la magicienne. La sentant s’intéresser d'avantage à l'extérieur qu'à l'intérieur de la tente, il souris, plus pour lui même que pour autre chose.

"Il m'est difficile de comprendre le lien entre vous deux, mon enfant, mais vous êtes liées c'est une évidence, et vos souvenirs semblent en être le lien."

Il regarda Lihuzane passer la main dans l'ouverture de la tente, tentant de voir l'extérieur, ébloui par l'astre du jour d'une lumière irréelle.

"Je resterais ici, à veiller sur elle. Lorsque tu auras plus de réponses, tu retrouveras le chemin."

Il n'y avait rien à perte de vue. Pas de sable, pas de rivage, seulement la lumière, blanche, d'un blanc si éclatant qu'il en devint douloureux.

"Que les sables te guident dans tes voyages."

Noir. Lihuzane se sentit immobile à nouveau, couchée à nouveau. Autour d'elle, deux hommes parlaient. L'un avait la voix simple et claire des elfes de la forêt. Il expliquait à l'autre que ce genre de soin prenait du temps, qu'il était déjà incroyable qu'elle respire.

"Nous n'avons pas de temps à perdre."

Douleur ! Une vision étrange, rouge, terrible et destructrice, qui réveilla telle un coup de fouet la femme serpent, happant l'air avec difficulté. Surprenant les deux hommes à son chevet.

L'un était bien un elfe, long et fin, il était d'un blond profond, ses longs cheveux et ses oreilles plaquées sur la tête par un bandanna d'un vert sombre et camouflant. Une petite cicatrice lui fendait la lêvre et remontait le long de sa joue droite. Ses habits étaient de chasses, utiles, pleins de poches et de breloques animales. Il tenait ce qui semblait être un chiffon humide à la main qu'il gardait devant lui, comme un bouclier face à la reaction de la Smilly.

L'autre était un humain, debout, à coté de ce qui semblait la sortie d'une cahute de chasseurs. D'une beauté sauvage, aux cheveux tressés d'une longueur improbable, d'un brun roux qui accentuaient sa présence. Il était massif, dans une armure de peaux et de cuirs aussi utilitaire que son collègue. Ses yeux d'un vert profond s'arrondirent légèrement au soudain réveil de la Smilly avant de reprendre un air plus normal, la fixant intensément.

Autour de la Smilly, une cahute faite avec du bois ramassé. Simple, avec peu de mobilier, des tresses de feuilles et de légumes séchaient contre le mur, bien plus familières à la guérisseuse quant à leur provenance. Elle n'était pas très loin de la cité humaine. On entendait dehors les bruits caractéristiques d'un campement, avec les bruits d’affûtages, les rires et murmures des discussions, le craquement diffus d'un feu de camp.

Le chasseur humain rompit le silence, avec douceur, d'une voix roulante et harmonieuse.

"Vous revenez d'entre les morts, ma dame. Cela fait presque une semaine que nous tentons de vous ramener parmi les vivants. Vous sentez vous bien ?"

Lihuzane sentis sous sa langue ses lèvres déshydratées, elles avaient le goût du sel.
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Lihuzane
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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Jeu 18 Fév - 19:42

Emportée par le flot d'estampes et de figures qui vient de déferler dans mon crâne, j'étais quasi hermétique à ce qui s'est déroulé autour de moi, sous la toile de tente. Pourtant j'ai perçu inconsciemment la complainte de la femme inconnue, comme si elle revivait avec moi les sombres événements précédant ce que je pense pouvoir maintenant qualifier d'amnésie à court terme.

"Il m'est difficile de comprendre le lien entre vous deux, mon enfant, mais vous êtes liées c'est une évidence, et vos souvenirs semblent en être le lien.
Je resterais ici, à veiller sur elle. Lorsque tu auras plus de réponses, tu retrouveras le chemin."


Le néant de nouveau, mais un vide immaculé à l'inverse du sombre espace que j'ai quitté au réveil en compagnie de ces deux Smillys. C'est avec un calme inexpliqué que je constate cette nouvelle étrangeté, comme si je savais que cette tente ne pouvait se trouver dans un lieu réel… Une sensation insaisissable mais bien présente. Cette blancheur aveuglante...

"Que les sables te guident dans tes voyages."

Qu'elle en devient… noire. Que se passe-t-il ? ! Non, pas encore ! Je m'apprête à lutter contre le retour des ténèbres mais ils sont différents… Ces voix, on dirait la conversation à peine discernée il y a quelques instants en dehors de la tente. Mais les paroles en sont maintenant totalement compréhensibles, qui sont-ils ? De qui parle-t-il ?

"Nous n'avons pas de temps à perdre."

Mon corps se tord sous un nouvel élancement térébrant accompagné d'une autre hallucination que je n'ai pas réellement le temps d'appréhender. Mes yeux s'ouvrent bien plus vite que lors du premier cauchemar sur un cinquième décor : le plafond d'un cabanon en bois.
Je déglutis avec difficulté, troublée par une piquante saveur de sel et pose alternativement mon regard sur les nouveaux personnages qui m'entourent, m'attardant sur le visage de l'Humain et ses beaux yeux verts. Je ne parviens pas à parler, ma gorge est trop serrée. Me demandant quand ces voyages dans l'espace comptent s'arrêter, je dois afficher un air aussi étonné que celui que je vois sur le visage des deux protagonistes à mon chevet.  

L'ambiance de ce nouveau lieu semble s'ancrer encore un peu plus dans la réalité mais une partie de moi s'attend à tourner de l’œil pour me réveiller au fond du delta du Diadèle, au sommet du col d'Eroth ou que sais-je encore ? ! Je m'accroche avec espoir au son des rires et au crépitement d'une flambée, auxquels vient s'ajouter la voix du grand Humain.

"Vous revenez presque d'entre les morts, ma dame. Cela fait presque une semaine que nous tentons de vous ramener parmi les vivants. Vous sentez vous bien ?"

D'entre les morts ? Une semaine ? ! Si je me sens bien ? ! Je ne formule pas mes questions et tente de rassembler une nouvelle fois mes esprits pour répondre à mon interlocuteur.

"Oui… Enfin je crois. Où… Où suis-je ? Vous... Qui ? Comment ?"

Ma voix est éraillée, comme si je n'avais pas parlé depuis longtemps alors que je viens de servir un long monologue au vieux Smilly… Étais-je vraiment là-bas ? Suis-je vraiment ici ? Comme dans un mauvais rêve, les choses se répètent et me voilà encore en train d'essayer de me redresser sur un nouveau lit de fortune.

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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Jeu 18 Fév - 21:47

La réalité prenait le pas sur le rêve. Le corps de la Smilly se réveillait, en fureur, de toute les extrémités. Fourmillements, raideurs, douleurs musculaires et craquements. Elle avait dormi, longtemps.

L'elfe a ses chevets se retourna vers une petite tabatière qu'il ouvrit avant d'y plonger son doigt, il en sorti un petit tas de poudre qu'il souffla à destination de la Smilly. Les sels inhalés eurent sur elle l'effet d'un coup de fouet ! Mais sans atténuer la douleur. Au moins était elle totalement réveillée. L'humain aux yeux verts croisa les bras, songeur.

"Hum... On va faire simple : Vous êtes sur le bord est de la forêt de Marlik, où nous avons monté notre camp de chasse il y a maintenant un mois. Une équipe de reconnaissance vous a trouvé échouée sur la gréve il y a presque une semaine, et nous vous avons transporté avec nous jusqu'à ce campement. Pour ce qui est de notre identité... Nous sommes mandatés par la cité d'Hiloroth pour fournir la ville en peaux, viandes et herbes pour l'hiver. Vous avez de la chance d'être tombés sur nous, nous avions toutes les provisions nécessaires pour vous soigner dans les meilleures conditions."

Il termina avec le sourire, lançant un regard à l'elfe qui opina de la tête. Le chevalier reporta son regard vers Lihuzane.

"Vous sentez vous mieux ? Il nous serais utile de connaitre votre identité. Et potentiellement, la raison de votre présence dans la région. Il commence à faire frais pour voir des Smillys si haut dans le pays."

Ce n'était pas dit avec méchanceté, plutôt pour détendre l’atmosphère.
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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Mar 23 Fév - 14:05

Si le premier réveil m'a paru difficile, ce n'est qu'un pet de tarana en comparaison avec ce retour parmi les vivants. Si j'ai pu douter jusque là de ce qu'il m'arrivait, d'où j'étais ou si j'étais tout simplement vivante, les hurlements de mon corps me le confirment à grand renfort d'élancement douloureux, de picotements agaçants et autres crampes aiguës. A moins que ce ne soit qu'un nouveau mauvais rêve...

Je n'ai pas le temps de dire quoi que ce soit que le grand blond projette vers moi une poussière inconnue qui, si elle n'a pas les délicieuses odeurs de la boisson du vieux Smilly, a le même effet voire plus car je me sens entrer dans un nouvel état de conscience. Cette lucidité permet à mon cerveau de se remettre à tourner à plein régime mais également à mon corps de bien ressentir toutes mes courbatures. Essayant de passer outre ces maux envahissants, je me concentre sur les explications de l'Humain.

Je relie aussitôt les événements entre eux, le dernier souvenir que j'ai sur le rivage avant d'entrer dans le portail magique et l'homme me disant qu'une équipe m'a trouvée inconsciente sur la plage. Quelque chose s'est passé de travers, est-ce que cela ne fait bien qu'une semaine que j'ai été enlevée de Hiloroth ?

"Je dois commencer par vous remercier messires de m'avoir amenée à votre campement et d'avoir pris soin de moi pendant ces longs jours d'inconscience ! Je vous suis redevable. N'avez-vous trouvé personne d'autre ? Je n'étais pas seule sur cette plage."

Je cache difficilement la pointe d'angoisse qui perce dans ma voix. Où est Aroan ? Et Kepesk. Pire encore, comment un navire et un groupe entier d'Elfes peuvent avoir disparus ? Et cet homme… Nataniel, je crois que c'était son prénom. Qu'en est-il de nos ravisseurs, sont-ils encore dans la forêt ? Les yeux flamboyants du chef apparaissent brièvement devant moi… Aladrim. Des parcelles de mémoire continuent de me revenir.

"Vous sentez vous mieux ? Il nous serais utile de connaître votre identité. Et potentiellement, la raison de votre présence dans la région. Il commence à faire frais pour voir des Smillys si haut dans le pays."

Je sursaute presque lorsque l'Humain reprend la parole, perdue que j'étais dans mes sombres souvenirs.

"Oh je suis une habitante de Hiloroth ! Depuis le début, je suis née lors de la fuite de Falryn, ma mère est morte en couches et un Juste s'est occupé de moi. Peut-être le connaissez-vous : Argaï Fharkahn, il a souvent travaillé pour le défunt père de notre roi."

Je souris avant de secouer la tête, qu'est-ce que je vais m'imaginer, mon père n'est pas si célèbre que ça. Je reprends mon sérieux et après leur avoir dit mon prénom, j'entreprends de leur répéter presque mot pour mot ce que j'ai dit au guérisseur Smilly, réel ou imaginaire… J'essaye de n'omettre aucun détail : l'arrivée d'Aladrim et de ses affidés à la taverne, notre nuit, les courriers laissés pour nos proches, la sortie de Hiloroth, la longue marche, la forêt, la fuite, l'intervention des Elfes, une nouvelle nuit et l'embarquement sur le navire… J'arrête mon récit là, taisant ce que j'ai cru être mon premier réveil qui n'était probablement que le fruit de mon délire.

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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Dim 28 Fév - 20:43

A la mention d'Argaï, le grand chasseur roux secoua la tête avec calme.

"Je ne saurais vous être d'un grand secours, je ne suis jamais resté en Hiloroth plus de quelques jours. Et je n'ai encore jamais rencontré son roi, ou ses soldats. Nous prenons nos ordres directement du gouverneur."

Les deux hommes écoutèrent avec respect le long détail de l'histoire de Lihuzane. Une fois que celle ci eut fini, ce fut l'elfe qui pris la parole.

"Pardonnez moi, il y a certains des éléments de votre histoire qui me semblent étrange. Je n'ai par exemple jamais entendu parler d'une expédition elfique si loin au nord est. Surtout par voie de mer. Ceci étant dit, cette compagnie n'est pas vraiment au fait de toutes les affaires des sept maisons. Nous sommes pour la plupart des francs tireurs rassemblés sous le ban du Chevalier de Durin, ici présent."

L'homme roux croisait les bras, il profita qu'on le nomme pour reprendre la parole.

"Pardonnez nous pour le retard de notre présentation, nous devions vérifier votre identité avant de vous donner plus d'informations. Je me nomme Valory, et voici Crevan Espane, de la maison Voguant. Pour en revenir à vos questions, vous êtes la seule personne que mes éclaireurs ont trouvé sur le rivage. "

L'elfe, Crevan, se passa la main sur la bouche.

"Au vu du sel qui couvrait vos vêtement, vous avez dérivé longtemps avant de vous échouer. Connaissant les courants de la région, il est possible que vous soyez venu du nord. Un endroit bien trop éloigné de notre but initial pour que nous ayons jugé bon de l'explorer."

Valory acquiesça, les yeux clos.

"Malheureusement. Et il est incertain de trouver de nouveaux naufragés après une semaine, sans compter que nous n'avons plus le temps pour cela."

Ses yeux se réouvrirent, dévisageant la jeune Smilly avec compassion.

"Je suis navré, les nouvelles pourraient être meilleures. Tout ce que je peux vous proposer, pour l'instant, est de nous accompagner durant notre retour à la capitale. Avec nous, votre voyage se fera en toute sécurité."

Au dehors, Lihuzane pouvait entendre le cri de bêtes de sommes qui venaient d'arriver. Cela augmenta l'agitation, alors que les contremaîtres criaient leurs ordres aux hommes au repos. Le Chevalier passa son regard dans l'ouverture de la porte pour vérifier la situation avant de reporter de nouveau son attention sur la femme serpent.
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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Ven 11 Mar - 14:04

Je hoche la tête à la réponse de l'Humain, pensant bien que la renommée de mon guerrier borgne de père ne va pas au-delà d'un groupe restreint de personnes, qui si elles sont encore vivantes ne sont plus dans leur prime jeunesse. Je ne suis donc pas en présence d'hommes de Lorynlith mais de Sixte Un-Œil, le gouverneur actuel de la cité que je me souviens avoir aperçu alors que je n'avais que douze ans lorsque lui et son peuple sont venus à la rencontre des Exilés pour nous aider à traverser le Thar-Grief.

L'intervention de l'Elfe me fait reporter mon regard sur le grand Humain qui n'a pas les traits d'un Dranglois, ses cheveux bruns laissant parfois jaillir des reflets flamboyants : un chevalier d'une mer, quelle étrange appellation ! Je me garde bien de faire cette remarque à voix haute, comprenant que je ne suis pas en présence de simples chasseurs-cueilleurs de basse extraction. Les informations transmises par le dénommé Crevan Espane ne font qu'ajouter à mon trouble, les vagues souvenirs des leçons d'Argaï me rappellent que la maison Voguant possède une ancre comme armoiries… et il ne serait pas au courant d'une expédition de grande envergure ? !

Si une Smilly a pu survivre à une baignade forcée dans les eaux froides du Nord, Aroan s'est forcément mieux débrouillé que moi ! Il a peut-être réussi à sortir bien plus haut que l'endroit où m'ont retrouvés mes bienfaiteurs.

"Je vous remercie messires, pour toutes ces informations et votre généreuse offre Monseigneur Valory, mais je ne peux me résoudre à simplement rentrer en sachant que mon ami et d'autres personnes sont peut-être encore en péril. Mon ami est un Ancien, il avait bien plus de chance que moi de survivre à quoi qu'il ait pu nous arriver… Si vous me le permettez, je remonterais vers le Nord en longeant la côte dans l'espoir de trouver trace de mes compagnons."

Je pourrais peut-être leur demander de me prêter une monture que je pourrais ensuite ramener à Hiloroth et quelques herbes pour calmer les douleurs de mon corps. Tout le monde n'y verra probablement que folie mais comment pourrais-je aller me terrer dans les cavernes de Hiloroth et affronter le regard de mon père, de la famille d'Aroan, de Zia, de Djoris...

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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Dim 20 Mar - 21:27

Auprés de Lihuzane, l'elfe Crevan, l'aida à se relever. L’équilibre lui manqua quelques secondes mais rien de grave. La smilly pouvait ressentir la grande faiblesse de son corps. Elle devait manger, quelque chose de consistant, avant toutes choses. Et cela semblait être aussi l'avis de Crevan.

Valory de Durin vous regarda vous lever, réfléchissant à sa réponse. Ses yeux s'arrondirent subrepticement à la mention d'un ancien, mais cela ne sembla pas vraiment changer sa pensée. Avec une moue dubitative, il annonça :

"Entendu."

Avant de se redresser en soupirant, et d'ouvrir la porte de la cabine, passant devant  alors que Crevan aidait subtilement la Smilly à atteindre la sortie.

A l'extérieur, le campement s'agitait. Un petit nombre de chasseurs, une quarantaine étaient en train de démonter tentes et camp d'hiver avant de les entreposer dans une vingtaine de charrettes. Lihuzane pouvait voir un grand nombre de peaux, de viandes et d'herbes et légumes sauvages dépasser du bord des chariots. Tout le monde travaillait, et à part les coups d’œil furtifs dans leur direction, personne ne s’intéressait vraiment à eux.

Il y avait une bonne part d'humains et quelques nains, mais le groupe le plus important était constitué d'elfes, ce qui était plutôt inhabituel vis à vis de la capitale humaine. Chacun s'agitait en bonne entente et portait les mêmes habits de fourrures chaudes. C'était à la fois étrange et rassurant de voir trois races fondues en un seul groupe homogène.

Valory donnait quelques ordres brefs à un aide de camp avant de croiser les bras, juste à la sortie de la cabane, surveillant d'un œil la levée de camp. Voyant la Smilly sortir, il s'adressa de nouveau à elle.

"Nous allons vous donner quelques provisions et de quoi vous abriter, mais il nous sera difficile de faire plus... Comme nous sommes à l'Ouest de la forêt, nous allons la longer vers le nord quelque temps avant de vraiment traverser les landes d'Ol, je vous propose donc de vous préparer tranquillement et de partir avec nous. Une fois le nord de la forêt atteint, il vous sera plus facile d'atteindre la cote. Un jour ou deux, je dirais."

Ses yeux accrochérent ceux de la Smilly.

"Après une semaine, vos recherches ont de grandes chances de s'avérer infructueuses, je tiens à vous le dire. Lorsque vous y serez, ne traînez pas trop longtemps seule sur la gréve. Il y a au moins deux dragons dans la région."

Il émit un sourire neutre, entre l'inquiétude et la compassion.

"N'hésitez pas à vous restaurer pendant que l'on range, nous avons largement assez de provisions pour en partager. Crevan se chargera de vous aider, le temps que nous ayons terminé de lever le camp. Maintenant, si vous me permettez, je dois vérifier que tout se passe bien."

Le chevalier de Durin s'inclina légèremment avant de partir d'un pas rapide dans le camp. Crevan le regarda partir avant de jeter un coup d'oeil à Lihuzane, attentif.

Le camp de chasseur était à la disposition de la jeune Smilly.

Citation :
Je te laisse décrire ce que tu fais pour reprendre des forces et ce que tu demandes à Crevan pour tes provisions. Désolé pour le retard. ^^
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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Jeu 24 Mar - 0:14

Je m'appuie sur l'épaule de Crevan afin de me relever, lui décochant un faible sourire pour le remercier de son aide. Mes doigts s'enfoncent un peu plus profondément dans la peau de l'Elfe lorsque je sens une vague de vertige passer mais le voile jaune apparu devant mes yeux s'envole aussitôt et je me sens rapidement capable de me tenir debout seule.
Je n'ai pas pour autant l'impression d'être en grande forme et une sensation de vide habite la totalité de mon corps, par un gargouillement reconnaissable mon estomac confirme que j'ai besoin de nourriture.
Gardant mon appui sur Espane, nous suivons Valory dont le soupir devant ma demande ne m'a pas échappé. Malgré son accord, il doit me prendre pour une folle.

Je m'arrête sur le pas de la porte, fermant un instant les yeux pour profiter des faibles rayons matinaux de Lô avant de laisser courir mon regard sur ce camp d'une quarantaine de personnes en pleine activité. Ils sont visiblement sur le départ, après un mois passé ici sous les cieux menaçants. Je ne peux m'empêcher de remarquer qu'il y a plus d'Elfes que d'Humains ou de Nains et mon regard se perd vers un autre groupe d'Elfes que j'ai l'impression d'avoir rencontré il y a longtemps et hier à la fois. Qu'est-il advenu de Nyénör et Mélissandre ? Un frisson me parcourt sans que je sache si c'est le froid de ce début d'hiver ou mon inquiétude quant au sort de mes compagnons. Quoi qu'il en soit je resserre sur ma tunique de lin ma pèlerine noire en toile épaisse doublée de fourrure.

"Nous allons vous donner quelques provisions et de quoi vous abriter, mais il nous sera difficile de faire plus... Comme nous sommes à l'Ouest de la forêt, nous allons la longer vers le nord quelque temps avant de vraiment traverser les landes d'Ol, je vous propose donc de vous préparer tranquillement et de partir avec nous. Une fois le nord de la forêt atteint, il vous sera plus facile d'atteindre la cote. Un jour ou deux, je dirais."

"Vous avez déjà fait beaucoup pour moi Monseigneur. Je ne sais comment je pourrai jamais vous rendre la pareille chevalier de Durin. Je suis votre obligée."

Qu'ils doivent être faibles ces mots venants d'une simple et jeune Smilly, en piteux état qui plus est, à l'égard de ce grand Humain commandeur ! Je salue tout de même Valory d'un signe de tête pour appuyer mes dires, bien décidée à payer ma dette si je le peux un jour.

"Après une semaine, vos recherches ont de grandes chances de s'avérer infructueuses, je tiens à vous le dire. Lorsque vous y serez, ne traînez pas trop longtemps seule sur la gréve. Il y a au moins deux dragons dans la région. N'hésitez pas à vous restaurer pendant que l'on range, nous avons largement assez de provisions pour en partager. Crevan se chargera de vous aider, le temps que nous ayons terminé de lever le camp. Maintenant, si vous me permettez, je dois vérifier que tout se passe bien."

Je remercie une nouvelle fois le chevalier tout en enregistrant les informations qu'il me transmet et bénissant les Ereliths de ne pas avoir une peau humaine qui aurait sans aucun doute rougit lorsque Valory s'incline devant moi comme si j'étais une dame de la haute !
Mon regard se reporte sur le fin et blond franc-tireur qui semble attendre mon bon vouloir, s'attardant brièvement sur la cicatrice qui barre discrètement sa joue droite, lui donnant un charme certain à mes yeux.

"Je ne voudrais pas vous faire perdre votre temps messire Espane, cela fait déjà une semaine que je suis un poids pour votre groupe."

L'Elfe repousse mes inquiétudes et m'accompagne vers le plus proche feu de camp couvert d'une marmite au contenu fumant. Je salue poliment les deux Nains qui s'activent juste à côté, finissant de charger plusieurs caisses d'herbes diverses sur l'un des chariots qui sera emmené par l'un des aurochs ou des chevaux paissant alentour. En voyant ces derniers, j'oublie mon idée de demander une monture dont je n'aurais peut-être pas su que faire et reporte mon attention sur Crevan qui se saisit d'un bol en bois pour y verser un potage qu'il m'annonce être aux orties et pommes de terre sauvages avant de me laisser là pour aller chercher des fruits. Je m'assoie à même le sol, espérant pouvoir ensuite me relever et entreprends de souffler doucement sur le vert liquide, mon regard se perdant dans le vide…

Valory a raison, je ne peux rester dehors trop longtemps, ma crainte pour Aroan m'a fait oublier que je n'ai passé que quelques jours à l'extérieur de Hiloroth… Et que ces derniers se sont mal terminés. Qu'en sera-t-il si je rencontre l'un des sauriens volants ? Il ne fera probablement qu'une bouchée de moi, malgré notre possible lointain cousinage ! Qu'importe, cela peut également arriver sur le chemin du retour avec cette compagnie, advienne que pourra.
Deux jours pour aller vers la côte et une semaine de recherches… Il faut que je demande à mes bienfaiteurs à quel niveau ils m'ont trouvée pour déterminer le point de départ de mon exploration, ainsi que le nombre de jours qu'ils pensent m'être nécessaires pour rallier les Monts Gô par la suite. En longeant la côte pendant une semaine, je ne devrais plus être bien loin de l'entrée de Hiloroth.

Savourant la délicieuse et chaude soupe d'orties, j'écrase entre mes dents un morceau fondant de pommes de terre qui oriente mes pensées vers la question de ce que je dois emmener avec moi dans la mesure de ce que les hommes du chevalier de Durin pourront me fournir. Le minestrone et la vue des caisses de plantes me fait dire que je pourrais mettre à profit les connaissances transmises par mon père. Bien que celles ci soient pour la plupart théoriques et que j'ai plus souvent vu les différents végétaux en dessin qu'en vrai, les victuailles fournies sans effort par Nature m'ont toujours fascinées. Rien que l'Urtica Dioica que je suis en train de boire possède mille et une vertus, dont certaines ne manqueront pas de me redonner force et vitalité.
Il me faudra à minima une gourde d'eau et des aliments, séchés si possible : des fruits, des champignons, des noix. Je m'aventurerai à demander à Crevan un peu de matériel s'il peut se le permettre, ne pouvant m'empêcher de penser à la besace de voyage d'Argaï qu'il a laissé telle quelle à la maison : un bon couteau et une pierre à aiguiser, une corde d'au moins cinq mètres, un briquet à silex, un nécessaire de couture, une écuelle en cuivre, un miroir de poche… Ma pèlerine peut me servir de couverture et d'abri en cas de faible pluie. Un bâton de marche et une boussole seraient du luxe…

J'en suis à cet endroit de ma liste imaginaire lorsque Crevan apparaît de nouveau, rapportant des nèfles sauvages et des châtaignes un peu tièdes qui semblent avoir tout juste été pelées. Je le remercie chaudement et me retiens de tout mettre dans ma bouche en même temps ! Alors que l'Elfe s'assoit à côté de moi, je me décide à répéter à voix haute tout ce que je viens de me dire à propos du temps de trajet et du matériel alors que je buvais à petites gorgées le bouillon végétal. J'ajoute que s'ils ont un macérat de bourgeons de peuplier noir, j'en emporterais bien un peu pour soulager les courbatures qui transpercent toujours mon corps.

"Bien entendu je ne prendrais que ce que vous pouvez me donner, il est hors de question que je vous dépossède ! Je compte d'ailleurs bien vous rembourser le tout et si jamais je ne suis pas à Hiloroth dans le délai imparti, vous pourrez aller voir Argaï Fharkahn pour qu'il règle mes dettes… Si vous pouvez lui donner de mes nouvelles par la même occasion, je vous serais encore plus redevable..."

Ma voix s'éteint en pensant à la chaleur du logis qui m'attend au bout d'un voyage en sécurité avec ces hommes mais je secoue la tête pour chasser ses pensées. Je ne rentrerai pas sans avoir au moins essayé !

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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Jeu 31 Mar - 18:33

Lorsque Lihuzane exprima ses besoins en matériel, Crevan se contenta d'hocher de la tête, silencieux. En compagnie de la Smilly, ils traversèrent le camp à la recherche de ce dont elle pourrait avoir besoin.

"Nous avons du macérat, mais dans votre état, il vous faudra plus que ça. Je pense pouvoir me séparer d'une partie de ma réserve faiblissante pour vous confectionner une trousse de soin adéquate. Un nécessaire de couture, du lin, un couteau et une pince. Peut être quelques sels aussi et des flacons de contrepoisons et d'antidotes... Rien de bien performant, mais ça devrait faire l'affaire si vous vous blessez, ou si vous tombez malade. Et ne vous inquiétez pas du paiement, je reçois déjà une part substantielle pour mes services dans cette compagnie."

Leurs pas les amenèrent à un couple de nain en train de réparer des armures de cuirs. Ceux ci levèrent les yeux à la venue de l'elfe.

"Oh Crevan ! Tu tombes bien. J'ai quelque soucis avec mon cuir et je me demande si tu avais encore de l'eau forte pour le nettoyer. Une partie des armures de réserve à pourri avec les pluies de cette dernière semaine, et il faudrait désinfecter tout ça."

Crevan sourit, paisible.

"Il doit m'en rester encore. Si tu pouvais venir la chercher, ça m'arrangerait. Reste-t-il un couteau dans le stock, Yuri ? Notre invité a décidé de se passer de notre compagnie et le Chevalier m'a demandé de lui trouver du matériel pour son propre voyage."

Le nain, après avoir salué rapidement la Smilly, réfléchit quelques instants.

"On a déjà dépassé les délais et mes stocks de réparation sont vides. Pour un couteau de qualité acceptable ça va être dur. J'ai bien des trucs pour l'artisanat mais rien de bien solide. Par contre, si elle compte marcher longtemps, j'ai sculpté un bâton de marche hier, et j'avoue que j'en aurais peu besoin. Ca irait ?"

Crevan se retourna vers Lihuzane interrogatif. Le nain la regarda en détail avant d'ajouter.

"Oh ouaip, et on va rajouter un vêtement chaud pour la Smilly, faudrait pas qu'elle attrape la mort avec la saison. On a des surcots qui ont rétrécis au lavage, j'suis certain qu'elle rentrera dedans. Pour le bâton c'est bon ?"

Le nain acceuilli l'acquiescement silencieux avec un sourire...

"Ok, je verrais à fixer un calot pour les extrémités, histoire qu'il résiste aux intempéries. Je vous apporte ça tout à l'heure."

.. Avant de reprendre son travail. Crevan faisant signe à Lihuzane de le suivre jusqu'à la chaleur plutôt agréable de sa cabane.

Une fois à l'intérieur, les deux herboristes passèrent en revue l'ensemble du stock de l'elfe, discutant des besoins et potentiels dangers que Lihuzane pourrait trouver sur son chemin. Au final, ils arrivèrent à constituer une sacoche plus qu'acceptable pour la Smilly. Le nain passa à ce moment avec un bâton ferré parfait pour la marche et un surcot de laine grise duveteux et pratique. Il repartit avec son eau forte, aussi vite qu'il était arrivé. Crevan ayant profité de la confection de la sacoche de la Smilly pour empaqueter ses propres affaires, il portait lui même un lourd sac de médecine.

Lorsque l'elfe et la smilly ressortirent de la cabane, il était le début d'après midi. Chacun s'était restauré et préparaient les dernières choses avant le départ. Du camp, il ne restait presque plus de traces. Lihuzane avait pu récupérer un sac à dos en bandouillière ainsi qu'une outre d'eau claire en plus du reste de son matériel. Les décoctions que lui avait fournies Crevan avait également fait leur travail et son corps semblait lui dire qu'elle était de nouveau prête pour le voyage. L'elfe la dirigea vers le haut de la caravane, où ils retrouvérent le Chevalier de Durin.

Celui ci était sur un rocher, hélant l'ensemble de ses hommes pour les préparer au départ. Voyant approcher la Smilly et son médecin, il descendit agilement et vint vers eux.

"Je vois que vous avez pu récupérer un peu de matériel. Très bien. Je me suis permis de vous faire un peu de monnaie au cas où vous auriez besoin du gite et du couvert. Rien de bien fameux, mais ça devrait vous permettre de payer vos hôtes."

Il décrocha une petite bourse de toile de sa ceinture et la donna à Lihuzane. A l'intérieur une poignée de pièces de cuivre. Assez pour une chambre et un repas dans une auberge.

"C'est chiche, mais à part des marchandises, nous manquons de tout. J'espère que cela sera suffisant dans un premier temps."

Ses yeux dévisagèrent la Smilly de haut en bas, mesurant sa vitalité extérieure.

"Vous sentez vous prête pour votre voyage, miss Fharkahn ? Nous n'allons plus tarder à partir."
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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Lun 11 Avr - 13:00

Je suis Crevan à travers le camp en jetant autour de moi des regards curieux sur cette troupe qui se prépare au départ avant de reporter mon attention sur l'Elfe. Je souris et le remercie en hochant la tête lorsqu'il m'énumère les objets dont il est prêt à se séparer sans rien demander en échange.
Nous allons à la rencontre de deux Nains, concentrés sur la réparation d'armures, que je salue et observe travailler pendant que Crevan échange avec le dénommé Yuri. Lorsque ce dernier m'entraîne dans la conversation je lui réponds tout sourire.

"Merci maître armurier pour votre proposition désintéressée. C'est avec plaisir que j'accepterais un bâton de marche, particulièrement s'il a été sculpté par vos soins, je ne suis pas étrangère à l'art nain ayant grandi dans une famille naine à Bershmek."

La façon dont Yuri suggère qu'il me faudrait également porter un vêtement chaud déclenche un rire que j'étouffe rapidement, grimaçant sous les douleurs que je viens de réveiller dans le haut de mon corps. Les herbes que Crevan a prévu de me donner ne seront pas de trop. Je me contente de hocher silencieusement la tête aux derniers mots du Nain et emboîte le pas à Espane jusqu'à la cabane où j'ai repris connaissance.

Il reste assez de pommades, décoctions ou de macérats à Crevan pour me donner quelques remèdes de bases comme de l'onguent d'hélicryse pour les hématomes ou les brûlures, de l'huile de ravintsara contre la fièvre et les infections internes du visage ainsi que quelques feuilles de plantain. Il remplit une sacoche contenant déjà des pinces, un couteau, du fil, des aiguilles, des bandes de tissu et de l'alcool lorsque Yuri fait irruption dans le cabanon, porteur d'un solide bâton de marche ainsi qu'un long surcot de laine que j'enfile aussitôt sur ma tunique et mon sarouel en lin blanc, remerciant le Nain qui repart avec l'eau forte que lui remet l'Elfe.

Crevan me tend alors un sac à dos où il a glissé le nécessaire de médecine et une outre d'eau claire avant d'enfiler son propre sac. Je n'en finis pas de le remercier et empoigne le bâton sculpté pour le suivre à l'extérieur où la troupe semble fin prête. Les feux de camps ont été éteints, les charrettes sont remplies et attelées, les hommes sont autant harnachés que les bêtes. Nous remontons la file qui se forme pour parvenir au niveau de Valory rassemblant son ban.

"Je vois que vous avez pu récupérer un peu de matériel. Très bien. Je me suis permis de vous faire un peu de monnaie au cas où vous auriez besoin du gite et du couvert. Rien de bien fameux, mais ça devrait vous permettre de payer vos hôtes."

Je veux refuser les quelques drucks que souhaite me donner le chevalier mais ce dernier me met d'autorité l'escarcelle dans la main et je me contente de le remercier chaleureusement.

"Vous sentez vous prête pour votre voyage, miss Fharkahn ? Nous n'allons plus tarder à partir."

"Les remèdes de votre herboriste ont accompli des miracles sur mon corps fourbu, je ne ressens presque plus aucune douleur ni fatigue. J'ai par contre une dernière question Monseigneur. Si je vous suis jusqu'au nord de la forêt de Marlik pour ensuite longer son orée septentrionale, n'arriverais-je pas trop haut sur la côte par rapport au lieu où vous m'avez trouvée ?"

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Lihuzane Fharkahn, fille adoptive d'Argaï le Juste
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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Mer 13 Avr - 13:59

Le chevalier de Durin ne put s’empêcher de sourire à la question de l'herboriste.

"Pour arriver à l'endroit où nous vous avons découvert, vous avez deux choix. L'un est un peu plus long mais vous permet de voyager sous escorte pendant quelques kilomètres avant de marcher à couvert et hors de danger pendant encore un moment. L'autre vous fait traverser la forêt, grouillante de vie dont un certain nombre de prédateurs, troublés depuis quelques mois par notre activité.

D'un point de vue pratique, je vous conseille donc fortement de passer par la lisiére nord. Cela nous laissera également le temps de bien vous détailler le chemin à suivre pour atteindre la gréve où nous vous avons trouvé. J'avoue pour ma part, n'en avoir aucune idée."



Ses yeux riaient, le ton était à la plaisanterie. Il fit un signe de tête à Crevan, qui acquiesça. Le Chevalier reprit congé de la Smilly pour aller mener le début de la caravane. Alors qu'il s'éloignait, l'elfe revint vers Lihuzane.

"Je rejoins le Chevalier sur l'itinéraire. Vous êtes toutes seules, Mme Fharkhan et la forêt est dangereuse sans en connaitre les secrets. Je ferais en sorte que vous ayez toutes les informations avant de nous quitter."

Au final, ils ne laissaient pas beaucoup de choix à la Smilly. Mais l'air du médecin indiquait bien que c'était plus par sécurité que toute autre chose.

Lihuzane suivis donc le début de la caravane, discutant avec Crevan et quelques scouts du meilleur itinéraire pour atteindre son objectif. Elle eut l'occasion de discuter avec ceux qui l'avaient retrouvés, mais ne reçu aucune nouvelle informations qu'elle ne possédait déjà. Tout au plus su t elle que les courants étaient descendants. Elle devrait remonter vers le nord pour continuer ses recherches une fois arrivée. Elle revit Yuri, elle croisa une dernière fois le Chevalier. Dans une dernière générosité, Crevan lui donna une semaine de provisions pour le voyage.

Puis en début d'après midi, elle quitta le groupe de chasseurs, partant de son coté, sur un chemin en lisiére de forêt. Devant elle plusieurs jours de marches l'attendaient.

Le début du voyage se passa sans histoire. Lihuzane dormait mal, ses rêves perturbés par des images de naufrages au milieu du désert. Elle croisa Kepesk, elle croisa Aroan, elle croisa son vieux pêre, Argaï. Elle se croisa elle même, plus que de raisons. Rien n'avait vraiment un sens. Plusieurs fois par nuit, la Smilly se reveillait en sursaut, motivée par le froid, ou des grognements et hurlements lointains. Mais rien ne vint vraiment perturber son périple, à part l'étrange impression d'être seule au monde.

Dans la fin d'après midi du troisième jour, Lihuzane su qu'elle était arrivée à la lisiére Nord Est de la foret. La route sur laquelle elle était semblait ne pas avoir été entretenue depuis des années, mais on distinguait encore suffisamment son tracé pour arriver à la suivre sans difficulté. Elle arrivait en haut d'un valon bordé de conifères et de buissons à feuilles persistantes, aux pieds recouverts de neige sale.

Dans la pente descendante, une vieille charette laissée à l'abandon se laissait presque entièrement manger par la végétation. Le ciel, d'un gris blanc laiteux, indiquait une nuit pas forcément glaciale mais humide, ce qui était tout comme. Le paysage était banal, silencieux et vide, presque déprimant. Jusqu'à ce que Lihuzane remarque quelque chose dans la distance.

Il y avait trois voyageurs qui arrivaient en face d'elle, petits points sur la lande. Ils suivaient la bordure des arbres. Deux silhouettes ressemblaient à des hommes, plutôt trapus, mais l'autre. L'autre ressemblait plutôt à un Draconide. Ils s'avançaient dans sa direction, sans vraiment lui prêter attention. Au fur et à mesure, elle pu détailler leurs vêtements, des peaux de bêtes, d'hommes des forêts, puis leurs visages.

Les deux hommes avaient des cheveux d'un noir épais et broussailleux, l'un avait le visage triangulaire et mal rasé, l'autre semblait faire plus attention, avec un visage plus rectangulaire. Chacun armé d'une lance, ils avaient l'air rude, mais pas dangereux. Le draconide par contre...

Elle connaissait ce draconide !

La suite bientôt
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Lihuzane
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MessageSujet: Re: Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel   Dim 17 Avr - 13:20

J'écoute avec attention le discours du chevalier, hochant la tête d'un air entendu aux deux options qu'il m'expose. Présenté ainsi, il est évident que suivre son convoi est le choix le plus sain d'esprit ! Même s'il me faut redescendre un peu vers le Sud mais les explications supplémentaires qui me sont données confirment que je n'aurai plus qu'à remonter la côte après avoir suivi la bordure nord de la forêt de Marlik.

Je me mets ainsi en marche avec eux aux côtés de Crevan, conversant avec d'autres hommes du ban, dont les personnes qui m'ont découverte sur la grève. Aucun nouvel élément ne m'est réellement apporté mais j'écoute chaque intervention avec sérieux. J'ai l'occasion de remercier une dernière fois le Nain Yuri et une énième fois le magnanime Valory, à qui je renouvelle encore mes vœux de reconnaissance, espérant que nos chemins se croisent à nouveau pour que je puisse lui montrer ma gratitude en lui rendant à mon tour service.

L'heure de notre séparation approche, un moment que j'attends avec un mélange d'appréhension et d'excitation. Après avoir souhaiter bonne route à Crevan, je laisse la colonne d'Elfes, de Nains et d'Humains me dépasser et poursuivre vers le Nord et la cité souterraine de Hiloroth. Alors que le dos du dernier homme devient aussi petit qu'un arpac et que les sons de la nature prennent de l'ampleur sur le bruit de la troupe en marche, je me tourne résolument vers l'Est et commence mon cheminement sur le layon qui longe les bois. Je marche toute l'après-midi, faisant des pauses toutes les deux heures environ, buvant parfois une gorgée d'eau, d'autre fois grignotant une infime partie de mes provisions. Les effets des potions d'Espane sont incroyables et aucune ancienne douleur ne semble vouloir venir perturber mon avancée.

Lorsque Lô décline sur ma première journée d'expédition je décide de chercher un endroit où je puisse me blottir pour la nuit avant que la lumière ne disparaisse complètement. Un large buisson me fait office d'abri sous lequel, après un frugal repas, je m'endors en boule, ayant détaché mon surcot de laine pour m'en servir de petite couverture. C'est là que l'angoisse se glisse sournoisement en moi, sous la forme de multiples cauchemars, dont certains ont des allures de rêves et d'espoir, mais me réveillent toujours brutalement, me laissant pantelante et aux aguets sous les faibles rayons d'Yla qui va croissante dans le ciel en cette saison qui est sienne.
Mais les dangers ne sont qu'illusions et bien que ma deuxième nuit se déroule aussi en pointillée, je parviens à me reposer assez pour continuer d'avancer pendant deux nouveaux jours en direction du détroit d'Ereban. Je suis en train de me morigéner sur l'inquiétude que je sens poindre au fond de moi à l'idée d'une troisième nuit agitée lorsque je me rends soudain compte que la futaie sur ma droite s'éclaircit pour disparaître complètement. Je suis arrivée à l'extrémité est de la forêt de Marlik !

Mes yeux se posent sur une petite vallée qui se dévoile sous mes pieds, entourée de résineux sous un ciel aussi morne que la neige qui couvre le bas des troncs. Un vestige de carriole à moitié dévoré par la nature fait résonner en moi cette sensation de solitude que j'ai parfois ressenti sur le chemin. Savourant d'un côté cette marche à l'air libre, fascinée par tout ce que je perçois de ces paysages extérieurs que je n'ai pas vu depuis six ans, d'un autre côté leur quasi-immobilité est un penchant étrange aux souvenirs des actives grottes de la métropole des Humains.

Mes réflexions silencieuses sont interrompues par un mouvement au loin qui vient briser la monotonie de la combe. Je ferme un instant mes yeux fatigués, n'étant pas sûre de ce que je vois, mais lorsque je les ouvre de nouveau, je constate que ce sont bien trois formes humanoïdes qui viennent dans ma direction. Ma main serre le bâton de marche et mon cœur accélère légèrement. Des naufragés ? Des chasseurs ? Je fais un effort pour ne pas changer le rythme de mes pieds sur la terre du chemin qui me mène à notre rencontre. Plus nous nous approchons les uns des autres et mieux je peux distinguer leur aspect, deux Humains et un Draconide, vêtus de peaux ils ont l'air de traqueurs. Je note les lances que tiennent les Humains avant de porter mon attention sur leur compagnon de route, le Draconide, le… Je manque trébucher lorsque je discerne les traits du troisième individu, ma bouche s'entrouvre pour murmurer un prénom. Suis-je en train d'halluciner ou mes recherches se déroulent bien plus rapidement que je ne l'aurais jamais pensé ? Mais qui sont ces Humains ? Leurs visages que je vois maintenant très bien ne me disent rien. Je couvre le mien d'un sourire bienveillant, me forçant à respirer doucement pour calmer mon cœur qui s'emballe à la vue de ce visage que je crois reconnaître, me confirmant que mes souvenirs ne sont pas chimères.

Je ralentis le pas alors que nous sommes sur le point de nous croiser et lève la main dans un salut poli.

"Salutations amis voyageurs. Quelles nouvelles de l'Est ?"

Je ne sais pourquoi je n'ai pas osé directement m'adresser au Draconide, mes derniers songes et délires semblent toujours me faire douter de ma capacité à séparer la réalité des illusions. S'il ne me reconnaît pas, aurais-je tout fantasmé ?

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Lihuzane 1 - 1 : Le goût du sel

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